Élections municipales, un manque d’ambition à Bernay

étude Bernay élections municipales 2020 Formation
La scolarisation des 18-24 ans baisse de 10 % en 5 ans.

L’ampleur du travail est tellement vaste pour remettre la ville de Bernay sur les rails de la prospérité que nous ne pouvons qu’être déçus par le manque d’ambition – pour la ville – affiché par la plupart des candidats.

Le moment est pourtant grave pour la ville en forte décroissance. Les indicateurs de l’INSEE1 sont atterrants : la pauvreté touche 20 % de la population, le nombre d’habitant chute à un score d’il y a 40 ans avec 10 392 personnes. Le nombre de création d’entreprises, la natalité… chutent elles aussi ! Plus grave pour l’avenir, le taux de scolarisation des 18-24 ans baisse de 10 % en 5 ans. Quant aux hausses, mieux vaut les taire comme celle du chômage qui prend + 4 % en 5 ans…
Alors ? Que faut-il faire pour sauver cette ville ? La recette est pourtant simple, voire palpitante, mais véritablement laborieuse : désenclaver la ville et permettre aux jeunes d’accéder à des études supérieures.

Désenclaver Bernay, donner aux jeunes un accès aux études supérieures ! La recette pour attirer de nouveaux habitants…

Deux vecteurs de développement sont absolument prioritaires pour freiner ce déclin, celui des infrastructures du transport et la formation. Absents, la ville poursuivra sa décroissance. Les causes, nous les connaissons : désengagement de l’état dans les infrastructures ferroviaires et routières – amenant Bernay à s’éloigner toujours plus de Paris, Rouen et Caen – et manque d’initiative de la collectivité pour les formations post-bac et professionnelle qui est quasi inexistante (2 BTS) à Bernay.
Le manque d’ambition de nos futurs candidats aux élections municipales de 2020 sur ce point est flagrant. Dû certainement au manque d’appréhension du problème mais surtout à un manque d’analyse, de pragmatisme et de travail.

S’il y a bien une clé pour débusquer le manque de réflexion des élus de Bernay et de son intercommunalité c’est certainement le mot : CORRÉLATION.
Celui-ci suppose de lier, coordonner et in fine de résoudre plusieurs problématiques. Si cela demande un énorme travail de proximité et de réflexion, gageons que nos futurs candidats prompts à parler de démocratie participative commenceront par auditer les Bernayens. Eh oui ! l’audit, cela suppose de savoir écouter, analyser afin de mettre en place des solutions concrètes.

Des études supérieures inatteignables pour les jeunes par manque de volonté collective !

La première corrélation entre le transport et la formation serait de recueillir les projets d’orientations remis par les lycéens à leurs établissements afin de quantifier et qualifier les formations qu’ils souhaitent, d’évaluer les structures susceptibles d’y répondre dans la région et de, soit mettre en place les transports pouvant desservir Bernay vers ces centres de formation, soit de mettre en place la ou lesdites formations à Bernay.
Prenons deux exemples sur des métiers qui recrutent : la restauration et le développement web. Un lycée à Louviers (27) offre la formation d’un BTS management d’unité d’hôtellerie/restauration et un autre au Petit-Quevilly (76) offre un Bachelor (Bac +3) Formation Web Dév et Administrateur SYS & Réseau.
En train les étudiants devront se lever vers 4 h 30 du matin pour souhaiter arriver à temps aux cours. Les temps de trajets sont de 1 h 17 pour Louviers et de 2 h 35 pour Le Petit Quevilly. Avec un car les deux destinations sont à environ 1 heure de Bernay mais à des horaires nettement plus décents.

La seconde corrélation est entre l’agriculture et la formation. Les agriculteurs de l’Eure sont en retard dans leur conversion vers la production biologique. Manque de temps, crainte de l’inconnu et des implications financières qu’elle pourrait entraîner. Pourquoi ne pas mettre en place des formations « de mise à niveaux » conjointement avec des agriculteurs qui ont franchi le « cap » ou de lycées agricoles ? Cela devrait leur permettre de mieux appréhender ces nouveaux enjeux avec à la clé un frein à l’exode rural et des embauches, ce mode de production nécessitant plus de main-d’œuvre2.

Développer la mobilité et le tourisme c’est gratuit mais encore faut-il agir !

Enfin une troisième corrélation peut être mise en place. Celle du tourisme et du chômage. Il existe à Bernay et dans les villes de l’Intercom Bernay Terres de Normandie un certain nombre d’infrastructures touristique : hôtels, gîtes, hippodrome, centres équestres, activités nautiques, pêche, etc. Qu’attend-on pour prendre en compte les freins à leurs développements ? Ici les exemples sont abondants. Bernay et notamment la rue Thiers sont une horreur visuelle, câbles électriques et enseignes la défigurent. Celle-ci pourrait être piétonne certains jours ou une partie du mois d’août afin de laisser place aux terrasses des cafés, restaurants. Les chemins communaux – acquis gratuitement durant le remembrement des années 60/70 par certains agriculteurs – pourraient redevenir publics et laisser place à des allées cavalières, VTT ou pédestres. De nombreux villages ne sont plus reliés entre eux que par des routes sans trottoirs obligeant les parents à véhiculer en voiture leurs progénitures tellement le danger est grand.

La candidate ou le candidat à la mairie de Bernay devrait sincèrement se demander si elle ou il mérite Bernay et non l’inverse. Comment proposer des programmes aussi dérisoires que ceux que nous avons reçus au vu de l’ampleur de la tâche à réaliser ? Et, si certains rêvent déjà à la présidence de l’intercommunalité, par soucis de transparence et de démocratie participative dont ils se font les hérauts qu’ils annoncent, là aussi, un programme à la mesure du vaste « chantier » qui nous attend tous.

Jerry Ned

1 INSEE - Statistiques et études 2016. Parution février 2020.
2 Bilan annuel de l’emploi agricole (BAEA), Agreste Chiffres et Données Agriculture n°238, juillet 2017. Comparaison de la main-d’œuvre utilisée en agriculture biologique et conventionnelle. Laura Sebille. INRA 2011.

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1 Commentaire

  1. Tout à fait d’accord, surtout concernant les transports. L’Institut Montaigne confirme dans son baromètre que les Normands “sont pénalisés sur la mobilité.” Hélas je ne vois pas les choses s’arranger de si tôt.

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